Sermon sur Marc 8 : 34-37

Sermon pour le dimanche Sexagésime
sur Marc 8 : 34-37

Le texte du sermon :
Puis, ayant appelé la foule avec ses disciples, il leur dit : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera. Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? Que donnerait un homme en échange de son âme ?

Chère paroisse en Jésus Christ !

Dans l’Évangile nous avons entendu que les gens entendent certes la Parole de Dieu mais que beaucoup d’entre eux vont cependant à leur perte ; par exemple ces paroles : « Ce qui est tombé parmi les épines, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, s’en vont, et la laissent étouffer par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne portent point de fruit qui vienne à maturité. » (Luc 8, 14).

Leur foi s’étouffe … parce qu’ils préfèrent les choses de cette vie ils abandonnent la paix avec Dieu et perdent leur salut.

Parce qu’ils ont estimé que la foi qui sauve est peu importante, ils l’ont abandonnée et donc ils ne portent pas de fruit : Rien ne change dans leur vie. Il y a toujours leur cœur incroyant qui vit en eux.

Du point de vue spirituel ils sont morts et produisent des « œuvres mortes » (Héb. 6, 1), cela signifie que ce qu’ils pensent, font, planifient et réalisent – est sous le jugement de Dieu : « Tout ce qui ne vient pas de la foi est péché » (Rom. 14, 23) – même si selon l’appréciation des gens ces œuvres paraissent si parfaites.

Mais comment une personne peut-elle parvenir à subsister devant Dieu, par sa vie, lors du jugement dernier ?

La Parole de Dieu répond : « Il n’y a de salut en aucun autre, car il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. » (Actes 4, 12).

Comment un pécheur peut-il bénéficier, avec son cœur incroyant, de la réconciliation avec son Dieu, devenir un enfant de Dieu ? – être pleinement assuré d’obtenir le salut dans la vie éternelle ?

La Parole de Dieu répond : « Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé » (Actes 16, 31), cela signifie : c’est en acceptant ce que la parole de Dieu lui offre, en se laissant offrir par la Parole de Dieu la confiance en Jésus Christ et en saisissant chaque jour la main de Dieu par la foi.

Avoir la foi en acceptant la Parole de Dieu, c’est croire que ce n’est pas à cause de bonnes œuvres, mais parce que je reçois la Paix de Dieu par le sacrifice de Christ et uniquement par Lui que j’accède à la vie éternelle – c’est cela « suivre Jésus ».

Alors la semence de la Parole de Dieu tombe dans la bonne terre, elle lève et porte des fruits ; parce la vraie foi produit les fruits de la foi.

Mais toute personne qui croit en la Parole de Dieu constatera que quelque chose se révolte en elle, que quelque chose lutte contre son désir de se consacrer davantage à la Parole de Dieu.

Et celui qui a la foi depuis plusieurs années a connu bon nombre de ses luttes.

La Parole de Dieu encourage : « Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle. C’est à elle que tu as été appelé » (1 Tim. 6, 12).

Cette lutte est intimement liée à ce que dit Jésus : « Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même… ».

Que veut-il dire ?

La clé pour comprendre est une autre Parole de Jésus : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». (Luc 19, 10).

« Sauver » signifie en premier lieu : éliminer ce qui sépare l’homme de Dieu.

Dieu dit : « Ce sont vos iniquités qui ont fait la séparation entre vous et votre Dieu, et ce sont vos péchés qui lui font cacher sa face » (Esaïe 59, 2).

Jésus a expié lui-même la culpabilité du péché devant Dieu par son sacrifice sur la croix.

« Sauver » signifie : pour les pécheurs détruire le mur de l’hostilité qui les sépare de Dieu, réconcilier les pécheurs avec Dieu, faire des pécheurs des enfants de Dieu et leur tracer le chemin qui les amène à la communion avec le Créateur.

« Sauver » signifie donc en conséquence : préserver les pécheurs de la damnation éternelle.

Et parce qu‘en l’homme il n’y a rien qui puisse le délivrer de ses péchés, le préserver de l’enfer ou lui ouvrir la porte du Royaume Céleste, oui parce tout salut vient de Dieu, la Parole de Dieu enseigne : « C‚est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu… » (Eph. 2, 8).

« Suivre Jésus » signifie : recevoir le cadeau du pardon de toute iniquité, c’est d’ennemi de Dieu devenir enfant de Dieu et tout cela par pure Grâce de Dieu, un simple don.

« Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même … » – cela signifie donc « que celui qui veut être préservé de la damnation éternelle par grâce seule, par la foi en son Sauveur et qui veut accéder à la vie éternelle, prend le chemin que Dieu lui indique. »

C’est cela « suivre Jésus », car Jésus est l’unique chemin qui mène au salut éternel.

Il dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie… »

« Être disciple de Jésus » ne veut pas dire que Jésus est simplement le modèle à suivre pour mener une vie juste ; sinon Jésus ne serait qu’un homme bon parmi beaucoup d’autres hommes bons, parmi beaucoup d’exemples, un de ceux qui rêvent d’améliorer le monde.

Jésus est bien Plus ! Il est le Fils de Dieu qui porte le péché du monde pour nous réconcilier avec Dieu.

Et maintenant Jésus dit : « Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même … ».

Il dit cela parce que par nature les personnes cherchent leur salut dans ce qui est terrestre et avant tout en eux-mêmes.

Lorsqu’on demande : Penses-tu que tu iras au ciel ?, la réponse est souvent : je pense que je ne suis pas une mauvaise personne.

L’homme cherche en lui-même les raisons pour que Dieu lui accorde sa grâce.

Mais Dieu le renvoie à sa corruption innée ; il est un pécheur, né de pécheurs, totalement séparé de Dieu et hostile à Dieu.

Que peut donner l’homme afin de sauver son âme ? Rien !

Il ne trouvera son salut ni en lui-même, ni en ses œuvres et il ne pourra pas subsister devant Dieu.

Et s’il croit que Jésus n’est qu’un modèle qu’il faut suivre pour arriver à mener la vie parfaite, il sera vite désespéré car il ne pourra pas imiter, même pas approximativement, la perfection de la vie sans péché de Jésus.

Comment pourrait-il modifier son cœur rempli de désirs impurs et mauvais ?

« Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même … » cela signifie donc qu‘ Il faut que celui qui veut me suivre et être sauvé par moi, se reconnaisse lui-même pécheur et pour cette raison ne pas chercher son salut en lui-même, ni en sa piété, ni en ses bonnes œuvres. Non il se renie lui-même et doit se renier lui-même afin qu’il ne regarde que sur moi. Car « C’est moi, moi seul qui suis l’Éternel, et il n’y a aucun sauveur en dehors de moi. » (Esaïe 43, 11).

« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous soulagerai. » (Matth. 11, 28).

Si l’homme n’accepte pas de se laisser humilier par la Parole de Dieu et s’il n’accepte pas en toute humilité la grâce de Dieu, il est perdu !

« Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera. »

Ici il n’est pas question de la mort physique.

Mais que l’homme doit abandonner, renoncer à vouloir mener sa vie selon sa conception et ses pensées.

Le renoncement sincère ne consiste pas à délaisser ses biens pour aller vivre dans le monastère..

Cela ne consiste pas à faire en priorité de bonnes œuvres.

Christ veut que, pour notre salut, nous renions devant Dieu absolument tout ce que nous sommes, ce dont nous sommes capables, ce que nous faisons – également le plus haut et le meilleur en nous : la justice à nous et notre sagesse.

Renoncer à soi-même signifie abandonner les idées que se font les humains pour parvenir au ciel et écouter la Parole de Dieu.

Celui qui saisit la Parole de Dieu sera amené à changer son point de vue sur ce qu’est « une belle vie », sur ce pourquoi « cela vaut la peine de vivre » et sur ce « qui est la chose la plus importante ».

Il y a là une énorme différence entre les croyants et les non-croyants, entre celui qui « veut mener et conserver sa vie » et celui qui se laisse offrir le pardon des péchés et la vie nouvelle et éternelle par la grâce de Dieu.

Le croyant aussi planifie sa vie, cherche à réaliser ses projets – mais cela seulement dans les limites des commandements de Dieu.

Dans toutes ses actions il sait que sa vie sur cette terre n’est pas tout, qu’il n’a « ici-bas, pas de demeure permanente » (Héb. 13, 14) mais qu’il est en chemin vers sa patrie céleste.

Le non-croyant veut « conserver sa vie » ; pour lui, le plus important ce sont ses idées personnelles et ses objectifs – et toutes ses préoccupations sont exclusivement d’ordre terrestre.

Ainsi il perd sa vie, il passe à côté de la vie éternelle, parce qu’il néglige l’éternité et ne se soucie que des quelques dizaines d’années de vie sur terre.

Il ne veut pas suivre Christ car cela ne correspond pas à ce qu’il entend par vivre « une belle vie ».

C’est pourquoi Christ dit : « Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera. »

Les gens pensent que le message de la Croix est une folie, des niaiseries; et si quelqu’un se reconnaît comme un misérable pécheur perdu devant Dieu c’est tout simplement ridicule.

Se reconnaître pécheur devant Dieu et passer aux yeux du monde pour un fou cela signifie « se renier soi-même » et « perdre sa vie personnelle pour l’amour de Jésus et pour l’amour de l’évangile ».

Jésus dit à son sujet : « … qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive »

La croix est un fardeau ; chaque chrétien porte le fardeau que Dieu lui assigne, donc ce que Dieu permet.

Celui qui s’impose lui-même des privations ou qui se trouve dans la détresse à cause de ses propres erreurs ne doit pas penser que c’est par la volonté de Dieu, que c’est « sa croix » !

Ces fardeaux se caractérisent généralement par le fait qu’ils deviennent excessifs, qu’ils écrasent les gens et font perdre tout espoir.

La croix que Dieu nous impose, à nous chrétiens et que nous devons porter en suivant notre Seigneur, ne détruit pas la foi, mais elle l’affermit et la rend plus forte: « Dieu porte nos fardeaux, il nous sauve. » (Ps. 68, 20).

C’est alors que nous recevons l’aide puissante de notre Dieu et cela accroît notre confiance en lui et en sa Parole.

Cette croix ou ce fardeau résulte du fait qu’un pécheur suit Christ et veut être sauvé par la foi en lui.

Si tu commences le premier volet de cette vie, si tu suis Christ, si tu dénies ta propre justice, tes œuvres, tes propres mérites devant Dieu et si tu reconnais Christ comme étant ta gloire et ta justice alors le deuxième volet suivra rapidement.

Alors apparaissent les épreuves (la croix), les fardeaux, le mépris et les insultes, les attaques du diable et les tentations qui se font jour dans ton cœur.

« …qu’il se charge de sa croix… »

Chaque chrétien supportera sa propre épreuve, par exemple beaucoup de chrétiens subissent les railleries, mais ce ne sont pas les épreuves pour tous.

« …qu’il se charge de sa croix… »

Dieu attribue à chacun son fardeau selon ce qu’il peut porter.

Car nous ne sommes pas capables de porter tous la même charge : l’un est plus fort, l’autre plus faible.

La charge du faible est pour lui aussi difficile à porter que la charge plus importante que porte celui qui est plus fort.

Un homme peut porter un demi-quintal, un enfant quelques kilogrammes.

L’un supporte difficilement le mépris et les insultes qu’il subit parce qu’il aime Christ alors qu’un autre supporte plus facilement qu’on le dépouille de tous ses biens en raison de sa foi.

Aussi personne ne doit maugréer parce qu’il estime que Dieu a imposé à l’autre une charge bien plus légère que la sienne.

« Or, Dieu est fidèle, et il ne permettra point que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il vous en donnera aussi l’issue, afin que vous puissiez la supporter. » (1 Cor. 10, 13).

Le pécheur gagne la vie éternelle par la foi en Jésus Christ et par là il perd « sa vie », la vie agréable et le calme trompeur qu’il imaginait sur terre, car le diable se bat maintenant contre lui, il est devenu son ennemi.

« Perdre sa vie » signifie donc « Suivre Christ, recevoir la paix avec Dieu et la vie éternelle » – et « sauver sa vie » signifie « ne pas vouloir endurer des épreuves, courir après les biens terrestres, ne pas se soucier des choses célestes ».

C’est pourquoi Christ dit : « Que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? Que donnerait un homme en échange de son âme ? »

Pourquoi l’homme cherche-t-il toujours la goutte de bonheur parmi les choses terrestres et laisse-t-il de côté la mer de la splendeur éternelle ?

Pourquoi refuse-t-il les quelques gouttes d’épreuves alors que ce refus le condamnera à endurer sans fin la mer de la misère éternelle, l’enfer ?

En d’autres termes : Ce que l’homme désire ici-bas sur terre, ce à quoi il aspire et ce qu’il recherche à savoir un peu de bonheur, un peu de calme, un peu de bien-être, est si petit, si éphémère, si incertain par rapport à l’éternité.

Et quel croyant a vraiment pris conscience de la brièveté, de la légèreté des fardeaux que Dieu lui fait porter en comparaison avec l’éternité, l’infinitude, la sécurité et la joie du bonheur éternel ?

Chez les croyants aussi la juste proportion de ce qui est terrestre et ce qui est éternel est vite obscurcie et brouillée !

Mais le monde entier avec tous ses trésors et ses plaisirs n’est rien comparé à ce qui attend celui qui accepte dans la Foi la paix de Dieu, qui porte sa croix et suit Jésus.

La Parole de Dieu nous apprend à dire : « J’estime que les souffrances du moment présent ne sont pas dignes d’être comparées à la gloire qui va être révélée pour nous. » (Rom. 8, 18).

« C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles. » (2 Cor. 4, 16 – 18). Amen.

Pasteur Martin Blechschmidt, Runkel-Steeden, Allemagne/ Traduction : Louis Cron, Obernai, France