Sermon sur Luc 19 : 41-44

Sermon du 10me dimanche après la Trinité

sur Luc 19, 41 – 44 (à la journée souvenir de la destruction de Jérusalem en l’an 70 après Jésus Christ).

Texte du sermon :

Quand il approcha de la ville et qu’il la vit, Jésus pleura sur elle et dit :«Si seulement tu avais toi aussi reconnu, aujourd’hui, ce qui peut te donner la paix ! Mais maintenant, cela est caché à tes yeux.

Des jours viendront pour toi où tes ennemis t’entoureront d’ouvrages fortifiés, t’encercleront et te serreront de tous côtés. Ils te détruiront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où tu as été visitée.»

Chers frères et sœurs en Jésus Christ !

Christ pleure sur Jérusalem.

Le Messie et Sauveur a une compassion affectueuse pour nous pécheurs perdus.

La pauvreté spirituelle des humains l’attriste :« Voyant les foules, il fut rempli de compassion pour elles, car elles étaient blessées et abattues, comme des brebis qui n’ont pas de berger. » (Matth. 9, 36).

Et maintenant à l’approche de Jérusalem Christ a aussi de la peine. Il connaît le refus qui habite leur cœur ; dans leur quête de liberté et du bien-être physique sur cette terre, ils négligent le salut de leur âme et ne veulent pas accepter Christ comme leur Sauveur.

Il dit : « Des jours viendront pour toi où tes ennemis t’entoureront d’ouvrages fortifiés, t’encercleront et te serreront de tous côtés. Ils te détruiront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre … »

Cette prophétie s’est réalisée 40 ans après. La ville de Jérusalem a été assiégée, finalement conquise, détruite et entièrement rasée et le peuple a été mené en captivité.

Pourquoi tout cela ? Jésus dit : « …parce que tu n’as pas reconnu le moment où tu as été visitée.»

Nous constatons qu’il est extrêmement important que l’homme se reconnaisse personnellement pécheur.

La prise de conscience du péché est la condition préalable pour que l’homme reconnaisse son entière perdition devant Dieu, qu’il vienne se réfugier dans les bras ouverts de Christ, qu’il croit en lui et jouisse par la foi de la rémission des péchés.

C’est ce qu’enseigne la parole de Dieu dès le commencement et c’est ce qu’ont prêché les prophètes, par exemple par le prophète Esaïe : « Nous sommes tous comme des impurs, et toute notre justice est comme un vêtement souillé. » (Esaïe 64, 5).

Si la prise de conscience de son propre péché est absente ou si elle n’est que superficielle et faible alors la vie spirituelle personnelle est souffreteuse.

Alors l’homme ne reconnaît pas l’Évangile et la grâce de Dieu envers les pécheurs comme l‘ inestimable précieux trésor.

Il se prive lui-même de la joie et de la consolation – mais il considère les autres avec mépris, et se voit lui-même (certes pas parfait, mais) en tout cas, pas aussi mauvais que d’autres.

Ainsi il satisfait aux caractéristiques principales d’un pharisien pur jus.

Par la prédication de la loi, Dieu veut que les pécheurs reconnaissent le péché, afin qu’ils saisissent la justice que Dieu offre par pure grâce dans l’Évangile – pour que les pécheurs soient « miséricordieux comme aussi votre Père est miséricordieux. » (Luc 6, 36).

Donc, le chemin de Dieu pour qu’une personne puisse subsister devant Lui et être sauvée a toujours été qu’elle reconnaisse ses propres péchés et qu’elle saisisse la grâce de Dieu.

Et cela restera aussi le chemin de Dieu jusqu’au jour du jugement dernier.

Ceci est valable pour le temps du Nouveau Testament dans lequel nous vivons et l’était aussi pour le temps avant la venue de Christ.

Paul rappelle cela lorsqu’il écrit : « Mais maintenant, sans la loi, est manifestée la justice de Dieu, à laquelle rendent témoignage la loi et les prophètes … »

Cette « justice de Dieu » ne vient que par la foi en Jésus Christ ; Paul continue d’écrire : « La justice de Dieu, dis-je, par la foi en Jésus-Christ, pour tous ceux et sur tous ceux qui croient ; car il n’y a point de distinction, puisque tous ont péché, et sont privés de la gloire de Dieu et qu’ils sont justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ. » (Rom. 3, 21 – 24).

C’est ce que proclamaient les prophètes avant l’incarnation de Christ lorsqu’ils annonçaient la venue du Sauveur, par exemple par Jérémie : « Et voici le nom dont on l’appellera : l’Éternel notre justice. » (Jér. 23, 6).

Cette vérité divine de la connaissance du péché et de la connaissance du salut en Christ parcourt toute la bible comme un fil rouge qui traverse toutes les époques jusqu’à nos jours.

L’apôtre Paul enseigne à ce sujet dans la lettre aux Corinthiens : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! Car Celui qui n’a point connu le péché, il l’a traité en pécheur pour nous, afin que nous, nous devenions justes de la justice de Dieu en lui. » (2 Cor. 5, 21).

Il écrit dans la lettre aux Romains concernant les Juifs: « Frères, le souhait de mon cœur, et ma prière à Dieu pour les Israélites, c’est qu’ils soient sauvés. Car je leur rends ce témoignage, qu’ils ont du zèle pour Dieu ; mais un zèle sans connaissance ; car ne connaissant point la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont point soumis à la justice de Dieu. Car Christ est la fin de la loi, pour la justification de tout croyant. » (Rom. 10, 1 – 4).

Mais les Juifs ne croyaient pas en Christ. Le Seigneur a vu toute cette misère spirituelle et comment ils se dirigeaient vigoureusement vers leur punition en ce monde et vers leur propre damnation.

« Quand il approcha de la ville et qu’il la vit, Jésus pleura sur elle et dit :«Si seulement tu avais toi aussi reconnu, aujourd’hui, ce qui peut te donner la paix ! Mais maintenant, cela est caché à tes yeux. »

Depuis toujours, le dixième dimanche après la Trinité, les chrétiens commémorent la destruction de la ville de Jérusalem.

En 70 après Jésus Christ, lorsque de nombreux Juifs étaient venus à Jérusalem pour Pâques, la catastrophe, le châtiment de Dieu que Jésus avait annoncé, s’est abattue sur eux.

Les Juifs avaient la Parole de Dieu. Ils étaient le peuple élu de Dieu.

De leur milieu devait venir le Sauveur, le salut pour toute l’humanité.

Les Juifs pouvaient le reconnaître facilement à travers les écrits prophétiques  mais le cœur de la plupart d’entre eux était aveuglé et tellement rempli d’aversion qu’ils ont cherché à le faire mourir.

Peu avant une foule de gens était venue à lui en arrachant des branches des palmiers pour en joncher la route, en étendant leurs vêtements sur le chemin et avaient crié « Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts ! » (Luc 19, 38).

Au milieu de cette foule jubilante Jésus marque un temps d’arrêt : « Quand il approcha de la ville et qu’il la vit, Jésus pleura sur elle … »

Le Seigneur savait bien qu’ils ne voulaient pas de lui comme Sauveur des pécheurs, mais qu’ils voyaient en lui un roi de ce monde, un leader contre la domination étrangère romaine.

Quand ils ont vu leurs espoirs déçus, ils ont crié : « Crucifie-le, crucifie-le ! » (Luc 23, 21).

Jésus pleura sur la ville précisément parce qu‘elle était si richement bénie, parce que tous pouvaient entendre la pure et claire Parole de Dieu !

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! Voici, votre demeure va devenir déserte. » (Matth. 23, 37).

C’est pourquoi Jésus dit « Si seulement tu avais toi aussi reconnu, aujourd’hui, ce qui peut te donner la paix ! »

Si toi, Jérusalem, tu te doutais de ce que ton orgueil, tes désirs, ta constante recherche de ce qui est de ce monde entraînent comme terrible châtiment sur toi, alors tu prendrais à cœur ce qui t’offre la paix avec Dieu !

Si tu savais qu’en réalité tu mets ton salut en jeu alors tu te convertirais – tu viendrais à la vérité de Dieu, à l’humilité et la foi !

C’est maintenant le bon moment, maintenant que le Messie de Dieu est avec toi, que tu peux entendre la Parole de Dieu qui sauve, que la vraie foi et la paix avec Dieu te sont prêchées, – mais tu ne veux pas entendre cela !

« Mais maintenant, cela est caché à tes yeux. »

Les personnes font généralement cette erreur de jugement : elles vivent dans le péché et pensent que Dieu ne les punira pas.

Tout paraît calme comme si pécher n’était pas si grave.

Il ne se passe rien ; Dieu semble se taire, cela ne semble pas le perturber.

Le jugement est, comme le dit Christ, « caché à tes yeux. »

Mais même si Dieu retient son châtiment, il ne l’a pas oublié pour autant !

Il est, comme dit l’Écriture, lent à la colère et d’une grande patience (Nombres 14, 18), mais il met en garde dans sa Sainte Parole : « Car lorsqu’ils diront : Paix et sûreté ! alors une ruine subite les surprendra, comme les douleurs surprennent la femme enceinte ; et ils n’échapperont point. » (  Thess. 5, 3).

C’est pourquoi l’apôtre Pierre écrit : ce n’est pas une erreur de Dieu si le jour du jugement dernier n’est pas encore arrivé, « mais il use de patience envers nous, ne voulant point qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance. » (2 Pierre 3, 9).

Mais les humains abusent de la patience de Dieu : ils ne s’améliorent pas, oui ils s’adonnent toujours plus opiniâtrement à leurs péchés.

C’est pourquoi améliore-toi et vient au Sauveur !

Reconnais « en ce jour ce qui donne la paix » !

Fais attention au temps qui est le tien car tu as la Parole de Dieu ; tu peux écouter son saint et précieux Évangile sans en être empêché ; dans la Sainte Cène tu peux bénéficier du corps et du sang de Christ pour la rémission de tes péchés – tu as tout ce qui nourrit et fortifie en toi la foi qui sauve !

Car si nous persistons dans notre péché, si nous faisons fi de la Parole de Dieu et si au lieu de changer nous continuons de vivre plein d’assurance dans nos péchés malgré les sérieuses mises en garde, alors la sentence sera d’autant plus terrible.

« Ce n’est pas étonnant que nous commettions des péchés ; mais légitimer le péché et continuer de s’y complaire sans aucun regret, Dieu ne peut pas tolérer cela ! » (Luther).

Et Christ dit : « Des jours viendront pour toi où tes ennemis t’entoureront d’ouvrages fortifiés, t’encercleront et te serreront de tous côtés. Ils te détruiront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où tu as été visitée.»

Le temps de la « Heimsuchung », mot que l’on traduit souvent par épreuve est, comme l’indique le mot allemand, « Heim », le temps où Dieu cherche à te ramener à la maison, chez Lui, à t’arracher à la puissance du péché !

C’est lorsque Dieu vient à nous dans sa Parole avec tous ses biens célestes, spirituels, lorsqu’il frappe à la porte et veut entrer.

Le Seigneur Jésus Christ pleure sur Jérusalem des larmes amères parce que les Juifs avaient tout : la Parole de Dieu, les prophéties, le temple, le service divin, comme si Christ voulait dire : Jérusalem le Seigneur Dieu voulait te rendre juste et te venir en aide – mais tu as tout dédaigné !

Ils avaient vu les miracles réalisés par Christ, ils avaient entendu la Parole venant de sa bouche, mais ils ne voulaient ni recevoir la Parole, ni l’accueillir Lui-même dans leur cœur.

Ils étaient trop sûrs d’eux-mêmes ; ils pensaient que tout allait bien pour eux, ils avaient de l’argent et des biens, des hommes instruits et des femmes intelligentes.

Ils savaient bien que s’ils acceptaient Christ, cela ne serait plus aussi facile pour eux.

Car celui qui accepte l’Évangile, celui qui fait uniquement confiance à la Parole de Dieu, ne connaîtra pas longtemps la tranquillité.

Son propre cœur mauvais, le diable et le monde sans Dieu se déchaîneront contre lui et l’assailliront ; la Parole de Dieu lui fera perdre beaucoup de ce que le monde considère comme essentiel et sacré ; Christ dit : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » (Luc 9, 56).

De nos jours aussi cela se passe ainsi ; beaucoup pensent qu’ils garderaient volontiers en tout point la parole de Dieu et la pure doctrine luthérienne si cela n’entraînait pas tant de querelles, de discordes et de désavantages.

Car Christ le dit à l’avance : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je suis venu apporter ; non la paix, mais l’épée. Et l’homme aura pour ennemis les gens de sa propre maison. » (Matth. 10, 34. 36).

C’est pourquoi celui qui recherche la paix terrestre et veut seulement préserver une apparence d’unité – au détriment de la Parole de Dieu, perdra la paix de son âme.

Celui qui renie la claire Parole de Dieu et laisse ainsi se répandre intentionnellement la fausse doctrine parce qu’il craint les moqueries et les vexations et ne veut pas perdre sa tranquillité, souffrira en éternité s’il ne se convertit et ne change pas.

C’est pourquoi on doit se garder de tout péché, mais surtout ne pas négliger la Parole de Dieu et ne pas laisser passer le temps où Dieu cherche à te ramener à Lui : c’est-à-dire entendre le sermon mais ne pas vouloir s’améliorer, continuer à vivre dans les mêmes péchés et être toujours plus sûr de soi.

Car le Seigneur Dieu veut te rendre juste afin que tu sois sauvé.

Il vient vers toi avec son délicieux Évangile et t’annonce qu’aucun péché ne peut t’interdire le chemin qui mène au ciel si tu demeures constamment dans la foi à ton Sauveur.

Voilà pourquoi Dieu te donne en abondance l’opportunité pour que tu puisses t’édifier, te fortifier et te réconforter à sa Parole et ses sacrements.

Même si tu ne ressens que péchés et damnation en toi, si ton cœur te condamne, il te fait savoir que ton Dieu est bien plus puissant que ton cœur.

Aussi il présente à tes yeux ton Sauveur qui avec sa consolation chasse les accusations du diable et celles de ton cœur et il te dit : « Tes péchés te sont pardonnés ! »

Voilà pourquoi ne méprise pas son amour, sa patience et sa longanimité mais laisse-toi conduire à la repentance : « Et ne sais-tu pas que la bonté de Dieu te convie à la repentance ? » (Rom. 2, 4).

Ne néglige pas la prédication de la Parole de Dieu, saisis toutes les occasions pour l’entendre.

Car Dieu peut rapidement t’ôter sa Parole, au moment où tu t’y attends le moins.

L’Évangile de ce jour enseigne qu’il existe un temps de Grâce.

Il y a un temps durant lequel Dieu fait passer la grâce avant le droit.

C’est la durée pendant laquelle le chemin menant au ciel t’est ouvert et pendant laquelle ceci t’est prêché encore et encore.

La durée de ta vie sur terre est temps de grâce mais tu ne sais pas quand Dieu mettra fin à ta vie.

Jérusalem avait aussi son temps de grâce, Jésus dit : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais celui qui désobéit au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » (Jean 3, 36) et avec cela il exprime le menaçant verdict !

Christ dit : « Celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle, et il ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (Jean 5, 24)..

Prière : « «Je crois, Seigneur, viens au secours de mon incrédulité !» AMEN

Pasteur Martin Blechschmidt, Runkel-Steeden, Allemagne
Traduction : Louis Cron, Obernai, France