Sermon pour le jour du souvenir de la Réformation

Reformation

Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent. Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean et, si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est l’Élie qui devait venir. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. 
Matthieu 11 : 12-15

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ notre Seigneur !

le royaume des cieux est forcé grec → fr : il vient en force.

franchir les limites (Exode 19, 21 en cette période la loi fixe les limites ; le souverain sacrificateur était médiateur ; les juifs issus des païens n’avaient le droit de s’approcher du saint lieu qu’en respectant les limites).

ce sont les violents qui s’en emparent =,ils le saisissent sans hésitation avec une grande avidité.

Le Royaume des Cieux vient en puissance, et ceux qui y accourent le saisissent avec un vif désir …

La loi et les prophètes c’étaient jusqu’à Jean ; depuis lors, la bonne nouvelle du royaume de Dieu est annoncée par l’Évangile et chacun cherche avec force à y entrer. (Luc 16, 16).

Bible russe (RST) : 12 Depuis le temps de Jean le Baptiste jusqu’à maintenant le Royaume des Cieux est pris par la force et ceux qui usent de violence y prennent plaisir …

Une comparaison médiocre : des pis de vaches bien gonflés et des veaux affamés : la vache subit la violence et ceux qui sont violents s’emparent du lait.

Le Royaume des Cieux est l’Église de Christ, la communion des saints, l’ensemble des chrétiens vraiment croyants de tout temps et de tout lieu.

Tous les péchés sont pardonnés à celui qui appartient au Royaume des Cieux ; il est délivré de toutes les conséquences de son hostilité à Dieu ; il entrera immédiatement « au paradis » au moment de sa mort ; il est sauvé de la damnation éternelle – cela par pure grâce au nom de Jésus-Christ.

Aussi longtemps que l’Évangile est proclamé dans le monde, Christ continue d’assembler des pécheurs, ceux qui acceptent sa grâce et reçoivent désormais Christ en étant assuré qu’il est leur sauveur.

Dans ce royaume de grâce de Christ personne ne met sa confiance en lui-même, en ses bonnes œuvres ou en des « Saints » et leurs bonnes œuvres.

Seule la foi, la ferme assurance est la puissance ou la force avec laquelle un pécheur s’approprie cette grâce et cette paix que la main de Dieu nous invite à saisir.

Déjà des milliers d’années avant la naissance de Christ des pécheurs se sont laissés offrir la grâce de Dieu et ont mis toute leur espérance dans le Sauveur promis.

Les croyants de l’Ancien Testament ont mis toute leur confiance en celui « qui devait venir » ; ils se sont fermement cramponnés aux prophéties divines.

C’est pourquoi ils attendaient le précurseur, que Dieu avait fait annoncer par le prophète Malachie ; 400 ans avant la naissance de Christ, Malachie avait prophétisé cette Parole de Dieu : « Voici, j’enverrai mon ange ; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez ; et l’ange de l’alliance que vous désirez, voici, il vient, dit l’Éternel des armées. » (Mal. 3, 1).

Au sujet de ce messager le prophète Malachie a annoncé que Dieu dit : « Voici, je vous enverrai Élie, le prophète … » (Mal. 4, 5. 6).

Lorsque Jean Baptiste a commencé son ministère comme précurseur, le Seigneur Jésus-Christ a dit : « Car c’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi … et, si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est l’Élie qui devait venir. » (Matth. 11, 10. 14).

Christ fait en sorte que son Royaume se construise tout au long des millénaires ; il protège son Église et lui vient en aide.

Il dit : « Je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » (Matth. 16, 18).

Au début, deux personnes seulement formaient l’Église de Christ : Adam et Eve ; ils ont mis toute leur espérance en la promesse du Sauveur ; ils ont cru en leur Sauveur et ils l’attendaient.

Car immédiatement après la chute dans le péché, le Dieu miséricordieux avait promis d’envoyer celui qui sauve du péché.

Les parents ont transmis cette bonne nouvelle à leurs enfants ; cette bonne nouvelle était leur réconfort après la grande malédiction qui s’est abattue sur l’humanité par le péché.

Et Dieu a renouvelé sa promesse au cours des siècles : par ses prophètes, il a fait annoncer le Sauveur à venir.

Les croyants attendaient avec impatience que Dieu accomplisse enfin sa promesse.

Il y eut des périodes durant lesquelles l’Église de l’Ancien Testament comptait de nombreux croyants et où les acclamations bruyantes de plusieurs milliers de personnes accompagnaient les services divins – mais il y eut aussi des moments très durs où beaucoup ont abandonné la foi.

Dieu envoya le prophète Élie à un moment où l’église de l’Ancien Testament était dans un état particulièrement triste, lorsqu’en Israël la plupart avait renié la vraie foi.

Élie a dit : « J’ai déployé mon zèle pour l’Éternel, le Dieu des armées ; car les enfants d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont renversé tes autels, et ils ont tué par l’épée tes prophètes ; je suis resté, moi seul, et ils cherchent à m’ôter la vie. » (1 Rois 19, 10).

Élie a rétabli le vrai service divin conformément à la Parole de Dieu, il a lutté contre les fausses doctrines et a exhorté les gens : « Craignez Dieu, et donnez-lui gloire » (Apoc. 14, 7). C’était environ 850 années avant la naissance de Christ.

Mais, au temps du roi Hérode, avant que le Seigneur Jésus-Christ ne commence à agir et à prêcher, l’Église de l’Ancien Testament était dans un état tout à fait lamentable.

Alors Dieu envoya Jean Baptiste et aussitôt après lui vint le Sauveur lui-même.

Jean Baptiste devait lui préparer le chemin ; par sa prédication de la repentance il devait préparer le cœur des gens en le remuant comme un agriculteur qui prépare le champ au printemps afin que la semence soit répandue sur une terre bien préparée et lève.

Le Seigneur Dieu a toujours suscité des personnes comme le prophète Élie lorsque la communauté des croyants se trouvait dans un état inquiétant, triste et lamentable.

Ils devaient réveiller le cœur des gens avec la Parole de Dieu, faire ressortir à nouveau la Parole de Dieu de dessous l’amas de doctrines humaines, d’erreurs et de choses superficielles.

Le Seigneur préserve sa communauté de cette manière.

Mais de cette manière il fait aussi en sorte que le message du salut ne sombre pas dans les luttes que le diable engage dans ce monde contre Dieu et l’ordre divin.

Ce n’est que par pure amour et grâce divine envers nous, hommes pécheurs et perdus.

Car Dieu prononce le verdict suivant à notre sujet : dès notre naissance nous sommes « étranger à la vie de Dieu » (Eph. 4, 18) et nous allons vers la damnation éternelle.

Dieu ne veut pas que nous « mourrions dans nos péchés » Jean 8, 24) mais : « Il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » (1 Tim. 2, 4).

Et il assure à ceux qui croient en lui qu’ils« ne vont pas à leur perte mais ont la vie éternelle. » (Jean 3, 16).

Lorsqu’une personne demande : « Que dois-je faire pour être sauvée ? » alors la Parole de Dieu lui répond : « Crois au Seigneur Jésus-Christ et tu seras sauvé ».(Actes 16, 30. 31).

Et maintenant Christ dit : « Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent [ils en deviennent bénéficiaires]. » (Verset 12).

L’évangéliste Luc dit à ce sujet : « Jusqu’à Jean, c’étaient la loi et les prophètes ; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé comme une bonne nouvelle, et chacun use de violence pour y entrer. » (Luc 16. 16).

Demandons-nous d’abord : qu’est-ce donc le « royaume de Dieu »? – afin de bien comprendre de quoi parle Jésus.

« Le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, dans l’Esprit-Saint. » (Rom. 14, 17).

Ceux qui « usent de violence » ou qui « entrent par la force » donc ceux qui recherchent la justice devant Dieu, la paix et la joie dans l’Esprit Saint.

Là où, dans leur profond désir de grâce, ils trouvent cela (c’est-à-dire là où l’Évangile est annoncé) ils pénètrent avec force, avec une grande aspiration à la paix du cœur et de la conscience

Jésus dit : « Ils s’emparent du royaume de Dieu ».

Il ne s’agit donc pas dans ce cas de Pharisiens ou de la Papauté, là où quelqu’un soumet des personnes en leur imposant leur volonté, en ponctionnant l’argent et les biens des gens.

Certes ces personnes s’emparent de quelque chose mais elles ne peuvent pas s’approprier le Royaume de Dieu.

Dieu ne se laisse prendre ni la bonne nouvelle de l’Évangile, ni le pardon des péchés qu’il offre gratuitement, ni le pouvoir de sauver les pécheurs.

Si de telles personnes impies ou faux docteurs s’emparent de quelque chose ce n’est en tout cas pas du Royaume de Dieu. Ils ne le peuvent pas.

Ce fait de « prendre pour soi » n’est pas une mauvaise chose, mais c’est comme dit Jésus pour «pénétrer» dans le royaume de grâce et d’amour de Dieu.

Celui qui a reconnu que le pécheur est perdu éternellement sans le Sauveur – qui entend alors la Bonne Nouvelle de la rémission des péchés a pour principale désir d’appartenir maintenant fermement à ce Sauveur et d’entrer dans ce royaume de grâce.

Qui sont ceux qui « usent de violence » pour s’agripper au royaume de Dieu comme à une bouée de sauvetage ?

Écoutons ce que rapporte l’évangéliste Matthieu au sujet d’une femme : « « Et voici, une femme cananéenne, qui venait de ces contrées, lui cria : Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon. Il ne lui répondit pas un mot, et ses disciples s’approchèrent, et lui dirent avec instance : Renvoie-la, car elle crie derrière nous. Il répondit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Mais elle vint se prosterner devant lui, disant : Seigneur, secours-moi ! Il répondit : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Alors Jésus lui dit : Femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux. Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. » (Matth. 15, 22 – 28).

La foi de cette femme a été soumise à rude épreuve de la part de Jésus ; mais elle a usé de violence pour s’emparer du royaume de Dieu ; elle en a pris possession car la miséricorde du Roi de ce royaume était son unique espérance.

Le Royaume des Cieux subit la violence de la part des pécheurs avides de grâce ; et ceux qui font violence s’en emparent avec force parce que la grâce de Dieu est la seule espérance pour de misérables hommes perdus..

Avec la venue de Jésus, le Royaume des Cieux, la grâce de Dieu, se sont encore approchés plus clairement de nous, pécheurs. Jésus dit : « Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean. » (verset 13).

Les croyants se sont attachés aux prophéties de Dieu jusqu’à ce que Jean Baptiste vienne comme précurseur de Jésus.

Mais maintenant l’accomplissement remplace la prophétie.

Les pécheurs peuvent reconnaître leur Sauveur encore plus clairement avec les récits du Nouveau Testament et avec l’Évangile ils sont encouragés à s’emparer de l’amour de Jésus et à trouver la paix pour leur âme.

Luther aussi a recherché ardemment la grâce de Dieu.

La question qui brûlait en son cœur était : Comment puis-je obtenir un Dieu gracieux ?

Il se savait pécheur ; il avait pris conscience qu’il était perdu devant Dieu ; il avait constamment à son esprit le jugement menaçant de la condamnation éternelle.

Au plus profond de lui c’était ce que nous lisons dans le psaume : « « Comme une biche soupire après des courants d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! » (Ps. 42, 1).

Son supérieur et aumônier du monastère, Johann Staupitz, l’orienta sur notre Sauveur qui a été crucifié pour nous, pécheurs.

Ainsi le Dieu miséricordieux a amené Luther à découvrir toujours plus clairement dans la Parole de Dieu que son Sauveur a porté et expié aussi ses péchés.

En Luther s’est ainsi accomplie la parole du psaume : « Il délivrera le pauvre qui crie, et le malheureux qui n’a point d’aide. Il aura pitié du misérable et de l’indigent, et il sauvera l’âme des pauvres. » (Ps. 72, 12. 13).

Oui, et même cette autre parole s’est accomplie en Luther : « Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent » [qui se l’approprient].

Nous devons comprendre qu’il s’agit de pécheurs qui dans leur détresse sont désemparés, qui ont peur du jugement de Dieu et qui veulent être sauvés..

Le Royaume des Cieux « est forcé » signifie : « qu’on y entre par la force » ou « il se laisse conquérir avec violence » ou encore « que l’on recherche avec force».

C’est comme si une personne devait lutter avec Dieu à la manière de Jacob qui a lutté sans relâche et qui s’est écrié : « Je ne te laisserai pas partir avant que tu ne m’aies béni.  » (Gen. 32, 26).

Plus tard Luther a écrit : « Car les personnes ont été humiliées par la loi que Jean Baptiste a annoncée afin que, dans leur conscience, elles ressentent et se rendent compte de leurs péchés et qu’elles courent avec empressement vers la grâce et qu’elles s’en emparent avec violence. Car elles désirent ardemment être délivrées de leurs péchés avec lesquels la loi les terrifie. Car, avec ces paroles, Christ pense à une violence semblable à celle de personnes affamées qui se précipitent en masse et avec frénésie vers quelqu’un de riche dont elles ont saisi la bonté [mansuétude] : la fonction de la voix de l’Évangile et de celle de Jean Baptiste est de rendre avide et désireux de la grâce. »(W2 X, 1035)

Le Seigneur Dieu veut que nous lui « cassions les oreilles », que nous lui adressions nos demandes comme les enfants bien-aimés à leur cher père, que nous l’invoquions dans nos détresses, que nous ne prenions pas ses trésors de grâce célestes à la légère, de manière désinvolte, mais que nous nous les approprions comme un précieux trésor que nous ne voulons plus jamais perdre.

C’est pourquoi il laisse volontiers subir violence au Royaume des Cieux, ce qui signifie : c’est une grande joie pour lui lorsque des pécheurs se précipitent pour parvenir à sa grâce et s’écrient comme la femme cananéenne : « C’est vrai, Seigneur, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

Il a plu ainsi à Dieu de relever son église lorsqu’elle était en grande difficulté, lorsque le Saint Évangile était enfoui sous les amas d’enseignements humains, de légendes des saints et les immondices du trafic des indulgences.

Dieu a fait connaître la merveilleuse lumière du pardon à un pauvre et misérable pécheur désespéré et il a continué à le guider afin qu’il transmette cette lumière à d’autres – aussi à nous.

Et pour cela nous louons Dieu en ce jour et nous pensons avec gratitude à celui qu’il a choisi pour être son outil : Martin Luther.

Martin Luther s’est laissé conduire et employer par Dieu pour l’édification de son royaume souvent au péril de sa vie ; nous aussi nous devons, à notre époque, nous laisser guider et être au service de notre Seigneur – à la gloire de Dieu et pour le salut des âmes. Amen.

Pasteur Martin Blechschmidt, Runkel-Steeden, Allemagne 
Traduction : Louis Cron, Obernai, France